19 novembre 2007...10:21

Quand je vais au travail, je mets dans mon petit panier…

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Deux semaines sans écrire sur cette page.

Depuis, la routine s’est installée. Je croise quelques vaches qui mangent une partie des milliers de déchets amassés sur les coins de rues, avant que le vidangeur les ramassent, outillé d’un grand sac de toile et de deux petites planches de bois.

Chaque matin, les femmes balaient l’entrée de leur maison, ajoutant une bonne quantité de poussière au nuage de pollution ambiant déjà impressionnant.

Pas très loin d’elles, recroquevillés comme seuls les Indiens savent le faire, des marchands attendent leurs premiers clients, accroupis littéralement sur leur stand, au milieu des panais, chou-fleur, tomates italiennes et oignions.

Ils n’ont pas l’air de s’inquiéter de l’eau stagnante qui les entoure, porteur d’une odeur indescriptible, plus subtile que les toilettes publiques à ciel ouvert, mais pire que les défécations de vaches malades par la nourriture putréfiée qu’elles ingurgitent.

Et parmi tout ce beau monde, qui s’apprête encore aujourd’hui à se disputer le moindre roupie, il y a bien sûr la mère qui sort de sa maison – probablement dotée d’un toit perméable ou d’une bâche de plastique – tenant serrée contre elle son bébé pas encore sevré, à la recherche du premier foreigner. Si elle croise mon chemin en ce 48e jour consécutif en terre indienne sans une seule goutte de pluie, elle me suivra jusqu’à ce que j’arrive à mon travail, on masjid road, me répétant en Hindi qu’elle doit nourrir son petit dernier, portant ses doigts à sa bouche à maintes reprises, pour bien me faire comprendre qu’il s’agit ici de nourriture.

Si je ne la regarde pas, elle me « poke » sans arrêt jusqu’à ce que je daigne la regarder. Si je la regarde, elle me lance ce regard, attristé par la faim. Probablement la sienne. Assurément celle de son rejeton.

Ce regard n’est pas facile à soutenir. Il sous-entend trop de choses : la voiture que je me suis payé en un an; les dernières chaussures que j’ai achetées, beaucoup trop chères; mes écouteurs dotés du tout nouveau tripod system ou mon ipod capable de contenir plus de 10 000 chansons, tous assemblés en Chine. Et je ne parle pas des sommes faramineuses que je gaspille chaque année en B&H light, pepsi, 50 ou n’importe quel autre produit dédié seulement à mon bon plaisir.

J’évite donc son regard, accélérant le pas, augmentant le son du ipod, mais pas trop quand même, le tripod system de mes écouteurs est vraiment efficace : il n’est pas nécessaire de mettre le volume dans le tapis pour se retrouver dans sa bulle. Isolé de Jangpura, c’est plus facile d’oublier que je n’ai jamais vraiment eu faim. Du moins, pas comme la madame qui  me suit.

Je suis arrivé il y a deux mois, fasciné et choqué du déséquilibre entre l’Inde et le Québec. J’essaie de l’oublier un peu ces temps-ci. En lisant sur la Banque mondiale, on apprend rapidement que cette pauvreté, que je qualifierais d’extrême, est en partie due à la survie de notre mode de vie, dans notre belle nation.

Déprimant, hein?

Hey by the way, je reviens le 28 mars. J’ai réservé mon vol hier. On se prendra une couple de bières à mon retour, ok? Ma tournée.

5 commentaires

  • C’est le plus beau texte que tu as jusqu’à présent. La Banque mondiale et le FMI par le truchement de prêts aux taux d’intérêts volontairement trop élevés font en sorte que les pays comme l’Inde, la Bolivie et Taiwan soient à la merci des pays riches, à notre merci.

    Je comprends ton malaise lorsque tu compares ta situation à celle de ta voisine. T’accumules de l’argent pour t’acheter un XBOX 360 et elle lutte pour avoir de quoi nourrir son bébé.

    La vie sera ainsi faite jusqu’au moment où je serai maître du monde. ;-)

  • Hey, quand tu seras maître du monde, je peux-tu être ton assistant… ça serait trop cool, on pourrait jouer au Xbox man, toute la journée!

  • Wow!!! Tu as trop de talents!!! Ton texte est trop beau, et il révèle ta merveilleuse sensibilité!!!

    Cependant je suis contre l’idée que tu sois l’assistant de J-S !!!! Car si je me fie aux dernier jeux joué avec toi… Le monde va «stagner»!!!! en plus t’étais cruel, tu me laissais aucune chance…!!! La revanche & la bière à quelque part en 2008!!!
    ilu

  • [...] la mère qui me suit jusqu’à mon lieu de travail, comme je l’écrivais ici,  avait peut-être loué le bébé de sa voisine pour quelques [...]

  • Gui moi aussi je t’écris pour te dire que ton texte est complètement malade ! Je te jure que je sentais l’odeur des vaches, que je voyais très bien la mère pis les vendeurs accroupis. T’es un top journaliste doute jamais de ça !! Calinne je suis fière de toi !! Bon à part mes commentaires de femmes qui rush avec ses hormones, je pourrais te dire qu’en Italie, il y avait des maudites mendiantes qui quétaient avec leurs bébés ”loués” ou à elles, et elles les droguaient pour qu’ils dorment dans leurs bras toute la journée pour ”travailler” en paix. J’ai failli en tabasser une et me pousser avec son flo. Ce qui est poche, c’est de les voir comme des ”crosseuses” pis des ”voleuses” quand d’autres le font pour vrai… Je pense à toi ! Bonne journée Gui ! xox


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