3 décembre 2007

La mort de mon nouveau coloc

J’ai été un peu surpris hier alors que j’essayais d’entrer dans ma cuisine. Mon nouveau coloc a passé entre mes jambes.

Je m’explique.

Mon appart est comme fait bizarre. En passant le pas de la porte, juste en face, c’est ma chambre. À droite, il y a un corridor. Les premières portes de gauche et de droite mènent aux chambre de mes deux colocs. Ils sont Anglais. Des vrais. La queen Elizabeth II est déjà un sujet tabou.

Au bout du corridor, il y a une bibliothèque vitrée (à travers la vitre, on a une vue en plongée de l’appart d’en dessous). Quelques pas à droite, on se retrouve dans un autre corridor. Trois portes à droite permettent d’accéderà la cuisine, la douche et la salle de bain. À gauche, il n’y pas de mur. Un petit parapet d’un mètre, si je peux dire, est surplombée par un toit en fibre de verre (tsé genre, ceux qui sont verts là…). Au fond du corridor, un mur d’un mètre de haut nous empêche de tomber du premier étage. Bref, en sortant de la douche, on est littéralement à l’extérieur.

Donc, pour revenir à mon nouveau coloc, j’ai été un peu surpris quand j’ai aperçu un super gros rat, mieux décrit sous le qualificatif d’ostie de gros rat, partir du parapet, courir entre mes jambes pour aller se réfugier dans la cuisine. Je suis d’un naturel très courageux. J’ai donc fermé la porte en criant.

Puis, en y repensant, je n’avais pas envie de me faire surprendre par mon rongeur, en train de préparer mon café le lendemain matin. J’ai donc laissé la porte entreouverte, espérant qu’il aille se faire voir ailleurs pendant la nuit.

Le matin venu, aucune trace de lui. Je suis allé dans la cuisine, tranquille, songeant au char de marde que j’allais lancé à mon proprio. Le cleaner boy est venu (ah oui… y’a quelqu’un qui fait notre ménage et lavage tous les jours…), a ramassé la poubelle… et est parti à rire.

Je l’ai regardé, il a arrêté de sourire, et j’ai aperçu mon ami le rongeur, qui essayait de se cachait dans la cuisine encore une fois. Je capotais un peu. Et mon cleaner boy, continuait à me regarder, souriant à nouveau. Je l’aime bien mon cleaner boy,  mais des fois, je trouve qu’il a l’air innocent.

Je lui ai donc demandé de faire quelque chose. Il a répondu, et je cite: No englisse. Mettons que je suis chez vous, que vous parlez une autre langue, que je tiens une poubelle dans laquelle se réfugiait un rat. Mettons que celui-ci s’échappe. Mettons que vous me baraguinez quelque chose dans une langue que je ne comprends pas. Mettons là. Ben, je pense que je comprendrais que le sujet de conversation est le gros rongeur caché dans votre cuisine.

Fallait faire quelque chose, j’ai donc couru vers ma chambre, ramassé mon Cambridge Self Hindi Teacher et je suis revenu vers la cuisine. J’avais pas le courage d’aller faire peur au rat. Mon cleaner boy, lui, avait encore ma poubelle en main. Il n’avait comme pas bougé.

Le rejoignant, je me suis mis à feuilleter mon livre que je n’avais ouvert qu’une fois ou deux, cherchant le mot where en Hindi. Mon accent hindi doit être terrible parce qu’après avoir trouvé la traduction, Kahan, et répéter le mot à maintes reprises, parsemant ici et là les mots rat et tabarnak, les yeux de mon cleaner boy étaient toujours vide.

Au bout d’une minute, il a finalement compris. Faisant preuve d’une sagacité soudaine, il m’a montré de sa main libre le bout du corridor, et m’a dit que le rat était parti, sautant par-dessus le  mur.
Je l’ai regardé un peu étonné, considérant son explication. Ça comme pas d’allure que le rat se sauve de ma cuisine, avec pour seule menace mon cleaner boy immobile, qui tient toujours ma poubelle, pour aller se crisser en bas du premier étage. Selon le cleaner boy, mon nouveau coloc se serait suicidé.

Découragé, je l’ai laissé seul dans le corridor, quittant l’appartement. Et je me suis promis que j’allais apprendre quelques mots d’Hindi pour faciliter notre communication.

J’ai aussi acheté un piège à rat aujourd’hui.

3 décembre 2007

L’Inde, une puissance économique émergeante?

J’ai lu un article aujourd’hui. En anglais. Pour vous dire.

Le journaliste Praful Bidwai dresse le portrait de son pays. Je vous en glisse ici quelques extraits.

[…]

In the Institute’s Global Hunger Index, India belongs to the bottom fourth of the world’s nations, with a rank of 94 (among 118 countries). This score is even lower than India’s relative Human Development Index rank (126 of 177 countries). India’s hunger index rank is way below China’s (47), and lower even than Pakistan’s (88). (In HDI, by contrast, India stands six ranks higher than Pakistan.) One reason for this abysmal state of affairs is that almost one-half of India’s children are malnourished and underweight.

Qui disait que la Chine et l’Inde deviendront les deux prochaines puissances mondiales?

Besides chronic hunger, another index of India’s poverty has recently received media exposure through a report of the National Commission for Enterprises in the Unorganised Sector. Based on National Sample Survey data, this shows that a frightening 77 per cent of our population lives on a pathetic Rs.20 (half a U.S. dollar) a day. This brings out the depth and pervasiveness of poverty in India far more starkly than official “poverty line” numbers, measured in calorie consumption, based on extrapolation from the prices of a certain basket of goods.

À New Delhi, avec 20 roupies, tu peux consommer 4 chais. ou 4 cigarettes. (Les plus futés d’entre vous ont devinés que le prix d’un chai ou d’une cigarette est identique. Bravo.) Le repas complet le moins cher que j’ai trouvé à Delhi (roti et ragma shawla, qui consiste en un peu de riz et un plat de beans en sauce…) coûte 18 roupies. Ok, les Delhiites paient sûrement moins cher… mais quand même.

The 77 per cent translates into some 840 million citizens. Their subsistence is simply incompatible with any notion of human-level existence with dignity. Clearly, we are condemning the vast majority of people to live wretched, impaired or disabled lives under which they cannot develop their elementary potential as human beings.

840 millions de personnes sur 1100 ne mangent qu’un plat par jour dans un pays qu’on qualifie d’économie émergeante.

L’article est disponible ici… et voici, simplement pour votre bon plaisir, trois autres petits paragraphes…

[L'auteur de The Second Partition: Fault-Lines in India’s Democracy], Patwant Singh describes “how little the destitute and the deprived, the homeless… the ill and malnourished, the oppressed and abused, count for in democratic India. The hospitals turn away the grievously hurt, refuse to admit mothers so they can deliver their babies…. The slum-dwellers who painstakingly built their homes with torn gunny bags, discarded scraps of plywood… pieces of tin, tarpaulin or whatever, can find their homes burnt to the ground overnight in mysterious fires or bulldozed within hours by municipal authorities. And then, lo and behold, apartment buildings start coming up…”

The author speaks angrily of the elite’s “inhuman indifference to the agony and despair of fellow humans”. He asks: “Does it stem from the absence of intelligent thinking…? Is it possible that the genius of India’s people… cannot implement a nationwide food-for-work programme that can put the poor to work, feed them and rekindle hope in them?”

Says Patwant Singh: “Of course Indians have the capabilities and … experience to deal with difficult problems.” But to do this, he argues, India will have to reverse its Second Partition – between the privileged classes, and the “hundreds of millions of people put to the outer fringes by their affluent counterparts”.

27 novembre 2007

Rectificatifs.

J’ai rencontré un Allemand en fin de semaine. Un autre. D’ailleurs, je dois vous dire, ça doit être le bon moment d’aller faire un tour en Germanie, la majorité des Allemands sont probablement ici, à Delhi.

Il était super intéressant par contre. On discutait de leur ferveur consumériste, de tout leur trucs qu’ils utilisent pour tirer quelques roupies des touristes. Il me racontait que certaines femmes louaient, j’ai bien dit louer, leur bébé naissant à d’autres femmes pour qu’elles s’attirent la sympathie des foreigners.

Donc la mère qui me suit jusqu’à mon lieu de travail, comme je l’écrivais ici,  avait peut-être loué le bébé de sa voisine pour quelques heures.

En voulez-vous d’autres comme ça:

certains femmes et dépanneur s’entendent ensemble. Les femmes demandent aux touristes de leur acheter du lait, elles retournent par la suite leur demi-litre de lait au dépanneur et séparent le profit.

certais restaurants et hôpitaux s’entendent pour partager les frais de santé. Les restaurants mettent des trucs dans leur bouffe pour rendre leurs clients malades.

Lacérations, brûlures, amputations… plusieurs mandiants n’hésitent pas à se mutiler eux-mêmes, ou leurs enfants, pour empocher quelques roupies de plus.

et celle-là, c’est la  meilleure, mais elle ne vient pas d’Inde. Un mendiant avait adopté un coin de rue à Bangkok, avec sa jambe et son épaule disloquées. À la fin de sa journée de travail, il remettait sa jambe et son épaule en place, et rentrait chez lui, comme si de rien n’était.

Je n’ai aucune idée si ces histoires sont vraies ou s’il s’agit de légendes urbaines. Et même si c’était vrai, je peux facilement comprendre leurs motivations. C’est quand même choquant, non?

19 novembre 2007

Le hockey online

Chaque jour, je vais sur Cyberpresse pour regarder les extraits des matchs du Canadien. Pis je tombe tout le temps sur Chimène Badi, qui chante Mon courage, Mon sourrire, toute ma vie, Ce que j’aime, Quand je crie…

Je sais pas qui est le concepteur du vidéoclip. Julien en parle sûrement dans son blogue. Allez jeter un coup d’oeil, c’est un peu drôle, (pas vraiment dans le sens de s’esclaffer, plus dans le sens ouin, ça sent drôle) quand elle se shake de partout en disant Quand je crie

J’ai rien d’autre à dire. Vous irez voir vous-même.

19 novembre 2007

Quand je vais au travail, je mets dans mon petit panier…

Deux semaines sans écrire sur cette page.

Depuis, la routine s’est installée. Je croise quelques vaches qui mangent une partie des milliers de déchets amassés sur les coins de rues, avant que le vidangeur les ramassent, outillé d’un grand sac de toile et de deux petites planches de bois.

Chaque matin, les femmes balaient l’entrée de leur maison, ajoutant une bonne quantité de poussière au nuage de pollution ambiant déjà impressionnant.

Pas très loin d’elles, recroquevillés comme seuls les Indiens savent le faire, des marchands attendent leurs premiers clients, accroupis littéralement sur leur stand, au milieu des panais, chou-fleur, tomates italiennes et oignions.

Ils n’ont pas l’air de s’inquiéter de l’eau stagnante qui les entoure, porteur d’une odeur indescriptible, plus subtile que les toilettes publiques à ciel ouvert, mais pire que les défécations de vaches malades par la nourriture putréfiée qu’elles ingurgitent.

Et parmi tout ce beau monde, qui s’apprête encore aujourd’hui à se disputer le moindre roupie, il y a bien sûr la mère qui sort de sa maison – probablement dotée d’un toit perméable ou d’une bâche de plastique – tenant serrée contre elle son bébé pas encore sevré, à la recherche du premier foreigner. Si elle croise mon chemin en ce 48e jour consécutif en terre indienne sans une seule goutte de pluie, elle me suivra jusqu’à ce que j’arrive à mon travail, on masjid road, me répétant en Hindi qu’elle doit nourrir son petit dernier, portant ses doigts à sa bouche à maintes reprises, pour bien me faire comprendre qu’il s’agit ici de nourriture.

Si je ne la regarde pas, elle me « poke » sans arrêt jusqu’à ce que je daigne la regarder. Si je la regarde, elle me lance ce regard, attristé par la faim. Probablement la sienne. Assurément celle de son rejeton.

Ce regard n’est pas facile à soutenir. Il sous-entend trop de choses : la voiture que je me suis payé en un an; les dernières chaussures que j’ai achetées, beaucoup trop chères; mes écouteurs dotés du tout nouveau tripod system ou mon ipod capable de contenir plus de 10 000 chansons, tous assemblés en Chine. Et je ne parle pas des sommes faramineuses que je gaspille chaque année en B&H light, pepsi, 50 ou n’importe quel autre produit dédié seulement à mon bon plaisir.

J’évite donc son regard, accélérant le pas, augmentant le son du ipod, mais pas trop quand même, le tripod system de mes écouteurs est vraiment efficace : il n’est pas nécessaire de mettre le volume dans le tapis pour se retrouver dans sa bulle. Isolé de Jangpura, c’est plus facile d’oublier que je n’ai jamais vraiment eu faim. Du moins, pas comme la madame qui  me suit.

Je suis arrivé il y a deux mois, fasciné et choqué du déséquilibre entre l’Inde et le Québec. J’essaie de l’oublier un peu ces temps-ci. En lisant sur la Banque mondiale, on apprend rapidement que cette pauvreté, que je qualifierais d’extrême, est en partie due à la survie de notre mode de vie, dans notre belle nation.

Déprimant, hein?

Hey by the way, je reviens le 28 mars. J’ai réservé mon vol hier. On se prendra une couple de bières à mon retour, ok? Ma tournée.