J’ai été un peu surpris hier alors que j’essayais d’entrer dans ma cuisine. Mon nouveau coloc a passé entre mes jambes.
Je m’explique.
Mon appart est comme fait bizarre. En passant le pas de la porte, juste en face, c’est ma chambre. À droite, il y a un corridor. Les premières portes de gauche et de droite mènent aux chambre de mes deux colocs. Ils sont Anglais. Des vrais. La queen Elizabeth II est déjà un sujet tabou.
Au bout du corridor, il y a une bibliothèque vitrée (à travers la vitre, on a une vue en plongée de l’appart d’en dessous). Quelques pas à droite, on se retrouve dans un autre corridor. Trois portes à droite permettent d’accéderà la cuisine, la douche et la salle de bain. À gauche, il n’y pas de mur. Un petit parapet d’un mètre, si je peux dire, est surplombée par un toit en fibre de verre (tsé genre, ceux qui sont verts là…). Au fond du corridor, un mur d’un mètre de haut nous empêche de tomber du premier étage. Bref, en sortant de la douche, on est littéralement à l’extérieur.
Donc, pour revenir à mon nouveau coloc, j’ai été un peu surpris quand j’ai aperçu un super gros rat, mieux décrit sous le qualificatif d’ostie de gros rat, partir du parapet, courir entre mes jambes pour aller se réfugier dans la cuisine. Je suis d’un naturel très courageux. J’ai donc fermé la porte en criant.
Puis, en y repensant, je n’avais pas envie de me faire surprendre par mon rongeur, en train de préparer mon café le lendemain matin. J’ai donc laissé la porte entreouverte, espérant qu’il aille se faire voir ailleurs pendant la nuit.
Le matin venu, aucune trace de lui. Je suis allé dans la cuisine, tranquille, songeant au char de marde que j’allais lancé à mon proprio. Le cleaner boy est venu (ah oui… y’a quelqu’un qui fait notre ménage et lavage tous les jours…), a ramassé la poubelle… et est parti à rire.
Je l’ai regardé, il a arrêté de sourire, et j’ai aperçu mon ami le rongeur, qui essayait de se cachait dans la cuisine encore une fois. Je capotais un peu. Et mon cleaner boy, continuait à me regarder, souriant à nouveau. Je l’aime bien mon cleaner boy, mais des fois, je trouve qu’il a l’air innocent.
Je lui ai donc demandé de faire quelque chose. Il a répondu, et je cite: No englisse. Mettons que je suis chez vous, que vous parlez une autre langue, que je tiens une poubelle dans laquelle se réfugiait un rat. Mettons que celui-ci s’échappe. Mettons que vous me baraguinez quelque chose dans une langue que je ne comprends pas. Mettons là. Ben, je pense que je comprendrais que le sujet de conversation est le gros rongeur caché dans votre cuisine.
Fallait faire quelque chose, j’ai donc couru vers ma chambre, ramassé mon Cambridge Self Hindi Teacher et je suis revenu vers la cuisine. J’avais pas le courage d’aller faire peur au rat. Mon cleaner boy, lui, avait encore ma poubelle en main. Il n’avait comme pas bougé.
Le rejoignant, je me suis mis à feuilleter mon livre que je n’avais ouvert qu’une fois ou deux, cherchant le mot where en Hindi. Mon accent hindi doit être terrible parce qu’après avoir trouvé la traduction, Kahan, et répéter le mot à maintes reprises, parsemant ici et là les mots rat et tabarnak, les yeux de mon cleaner boy étaient toujours vide.
Au bout d’une minute, il a finalement compris. Faisant preuve d’une sagacité soudaine, il m’a montré de sa main libre le bout du corridor, et m’a dit que le rat était parti, sautant par-dessus le mur.
Je l’ai regardé un peu étonné, considérant son explication. Ça comme pas d’allure que le rat se sauve de ma cuisine, avec pour seule menace mon cleaner boy immobile, qui tient toujours ma poubelle, pour aller se crisser en bas du premier étage. Selon le cleaner boy, mon nouveau coloc se serait suicidé.
Découragé, je l’ai laissé seul dans le corridor, quittant l’appartement. Et je me suis promis que j’allais apprendre quelques mots d’Hindi pour faciliter notre communication.
J’ai aussi acheté un piège à rat aujourd’hui.